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...Je
sais bien que c’est inutile, mais j’écris quandmême
pour que l’on n’oublie pas. Je
déhambule parmi les murs détruits par le temps, complètement subjugué,
je veux tenter de construire un barrage contre le temps, un barrage qui
protégerait les souvenirs, les évènements et les empêcherait
de sombrer dans l’oubli le plus profond. Dieu seul sait si mes écrits
survivront aux siècles et si les générations suivantes les
accepteront. Mais tout n’est que vanité... C’est
peut-être
vrai. Mais quand on a croisé au hasard de ses pas les sentiers des
ombres du passé, on reconnaÌt être
une partie de ce monde magique des contes, nés dans cet endroit divin,
fait de légendes créées de toutes pièces par l’homme. L’Eternel...
La dernière ombre à hanter les ruines mortes,c’est lui. D’où
vient-il? Nul ne sait. Il est le dernier ambassadeur des grands dieux païens.
Mais il est aussi l’un des disciples de Dieu, heritier des premiers
chrétiens malheureux chassés par l’oppression et la violence, ayant
trouvé refuge dans les forêts
profondes. Il est un moine inconnu, gardien des trésors bulgares. Il
est le seul moine noir initié - Rim Papa - ayant à charge la
sauvegarde des trésors antiques. L’imagination humaine peut
difficilement deviner les temps de sa naissance. L’Eternel.
Je l’ai rencontré par un matin printanier tout près des ruines du
monastère. Le brouillard se répandait lentement sur les roches.
L’astre solaire étendait,
telle une araignée, sa toile pour tout y capturer. C’est à
ce moment que je l’ai vu, cette sombre silhouette qui disparaissait
sur le sentier. Une cagoule dissimulait ses yeux mais j’ai senti son
regard fixe qui m’invitait à
le suivre. Je me suis retourné pour m’enfuir à
toutes jambes. J’ai dérapé et suis tombé à
terre. J’avais l’impression qu’il me suivait.
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Ce
petit coin de paradis, illuminé par les premiers rayons du soleil,
chauffé par le souffle doux venu de la mer, semble dormir, bercé par
les souvenirs du passé. Il y a des millions d’années, les vagues de
la Mer Sarmade baignaient encore la côte.
Les alentours étaient désertes et seuls les vents soufflaient sur la
surface infiniment bleue de la mer. Il fallut des milliers d’années à
la mer pour se retirer doucement. Des forêts
touffues ont alors vu jour sur les anciens fonds marins tandis que des
torrents limpides enchantaient de leur murmure la nature environante.
Les chants des oiseaux se répandaient dans l’air. Au milieu de ce désert,
pareils à
d’étranges solitaires tournés vers l’inconnu, se dressaient de
hauts rochers dans lesquels le soleil et le vent taillaient leurs contes
rupestres. Personne
ne sait au juste quand, pour la première fois, la parole humaine a
troublé cet endroit. Pendant des siècles, les tribus gètes1
habitèrent ce lieu magnifique. Et c’est là,
dans le calme intense de la forêt
séculaire, au plus profond de la grotte sombre qu’ils édifièrent
leur sanctuaire dédié au grand Zalmosksis. Le Dieu-peintre, qui, du
temps de leurs ancêtres,
avait, à
l’aide d’un marteau et d’un ciseau, taillé son image dans la
roche. C’est ainsi qu’apparut l’Homme de pierre. Puis, Zalmosksis
se cacha dans les profondeurs des roches. Les gètes le pleurèrent
comme si l’un des leurs était mort. Quatre années plus tard, il
refit apparition. C’est à
ce moment là
qu’il fut proclamé prêtre
suprême
et reconnu comme Dieu. Sa demeure se trouvait sous terre, il y vivait en
restant inaccessible au simple mortel. Depuis
cette époque, tous les quatre ans, les prêtres
envoyèrent au grand Dieu un de leur représentant pour lui demander
d’accorder de bons jours à
la tribu gètes. Ils choisissaient parmi les leurs, le plus honorable et
celui qui manifestait le plus de courage dans les combats. Au petit
matin, dès que les rayons de soleil effleuraient le sanctuaire, les prêtres
jetaient leur représentant sur trois javelots piqués dans la terre. Le
sang brillait sur les javelots, tel des roses rouges, pendant que les prêtres
priaient. Si le sacrifié connaissait d’interminables souffrances,
s’il ne mourrait pas vite, des années difficiles attendaient les gètes.
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Durant
les premiers siècles de la naissance du Christ, Odessos fut une grande
ville qui se couvrit de gloire. L’ancien marché, fondé par des
marins grecs, s’était transformé en une grande et belle cité. Ses
palais et ses temples blancs étincelaient sous les rayons du soleil
alors que ses murs solides se reflétaient dans l’eau du Pontus3
qui abritait de nombreux navires. Les bateaux d’Odessos, chargés de
blé, d’esclaves, de vin, de baumes, répandaient la renommée de la
ville dans l’Empire Romain, des rives d’Istros4,
de Taurique5,
d’Hélespont6
jusqu’aux Colonnes d’Hercule7.
Dans les rues et sur les places de la ville antique, les habitants
parlaient de nombreux langages. La joie et le malheur, le luxe et la misère
se mélaient pour former comme une rivière multicolore. D’étranges
hommes inconnus rôdaient
dans la foule, louaient la résignation et l’amour et prédisaient la
fin du puissant Empire. Leurs adeptes furent soumis à
d’atroces tortures et des calvaires s’élevèrent un peu partout.
Les tyrans essayèrent d’anéantir la nouvelle foi dans le sang et le
feu. Un
jour, quelques aristocrates de Rome, accusés de prêcher
le christianisme arrivèrent dans la ville, destination finale de leur déportation.
Ils avaient été bannis et condamnés à
passer leur vie d’exil ici, dans cette lointaine province de
l’Empire. Persécutés par les autorités locales, suite aux sermons
qu’ils avaient prononcés dans la ville, ils se réfugièrent dans les
forêts
avoisinantes. Et c’est là,
dans les grottes, à
proximité du sanctuaire abandonné du dieu païen
qu’ils vécurent, solitaires, loin du monde cruel des pêcheurs.
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Les
années passèrent. Les préceptes du Sauveur, Jésus-Christ, avaient
depuis longtemps conquis les coeurs de plusieurs des peuples de
l’Empire, y compris parmi les plus puissants souverains qui se
soumettaient à
Sa loi. L’ancien
sanctuaire des exilés continuait d’attirer de nouveaux venus qui élevèrent
un temple en hommage à
l’exploit des premiers martyrs ainsi qu’une petite forteresse qui
abritaient des moines et des croyants. Ils étaient ainsi prêts
à
faire face au danger qui ne manquaient pas de survenir en ces temps de
troubles.
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Plusieurs
années s’écoulèrent après ces tragiques évènements. Là
où,
autrefois, la vie battait son plein, il ne resta que silence. Seul le
vent venait quelquefois se promener dans les ruines. Parfois la
silhouette tranquille d’un moine solitaire venait troubler le calme
ambiant. Puis tout s’apaisait . En
bas, dans la plaine, de nouvelles tribus, de nouveaux peuples
cherchaient, tels des enfants commenÇant à
peine à
marcher, la voie spirituelle. Là,
sur les ruines de l’ancien Empire était né l’Etat des Bulgares.
Mais il fallait attendre la grÃce de Dieu pour éclairer ce
peuple nouveau. Les dieux païens
étaient puissants et les graines semées par le fils de Dieu poussaient
difficilement. Quand le prince bulgare Boris reÇut la grÃce divine,
c’est avec lui, tout un peuple qui accepta la foi du Christ. Cette
terre paradisiaque fut à
nouveau réchauffée par la lumière divine. Les
années passèrent. Le peuple bulgare, suivant la foi du Christ, vivait
alors dans la sagesse et la félicité. La renommée et la glorieuse
puissance des rois chrétiens bulgares se répandaient dans le monde. Mais
il y avait aussi des moments d’épreuves à
traverser. Au sud, parmi les seigneurs de l’Ancien empire se réveilla
le désir de puissance, malgré les préceptes enseignés par la
religion. Les Romains avaient oublié les leÇons du Sauveur et envahissèrent
les terres bulgares, noyant leur chemin de sang et de larmes. Les
Bulgares, qui travaillaient et vivaient en paix ne purent résister à
l’énorme puissance byzantine qui les asservit. Ce furent des années
de souffrances et de douleur. Ces terres fertiles furent ravagées par
des bandits et des hommes à
la solde des byzantins. Déshonneur et débauche régnèrent alors. Les
seigneurs romains préfèrèrent piller, détruire, plutôt
que sauvegarder les lois du Roi et de Dieu. Pourchassés par la violence
et la douleur, plusieurs Bulgares choisirent de quitter leur domicile
pour se faire moines. D’autres se réfugièrent dans des endroits déserts
et des grottes pour y vivre en ermite. L’heure
de l’ancien lieu sacré avait à
nouveau sonné. Quelques moines vinrent chercher asile dans ces endroits
oubliés de Dieu et du peuple. C’était le printemps, un vent doux
caressait l’herbe et les branches en fleur des arbres, les créatures
de Dieu jouïssaient
pleinement de la vie.La forêt
séculaire qui abritait, dans son calme bleu, les ruines de l’ancien
sanctuaire, attendait de dévoiler ses secrets millénaires. Tout était
tranquille, même
le Diable, ennemi juré de chaque créature divine, se taisait comme
s’il s’était endormi depuis la création du monde. Charmés par
tant de beauté divine, de silence et de tranquilité, comme débarqués
dans un autre monde, les vagabonds décidèrent d’y rester à
jamais. Ils furent rejoints peu après par d’autres moines, et, pour
remercier Dieu de ce sauvetage miraculeux, pour faire renaÌtre le feu
de la bonté et de la foi, ils décidèrent de faire de ce lieu un
centre de renaissance de la foi chrétienne. Bientôt
le monastère rupestre fut connu de tous ceux qui cherchaient bonté,
calme et simplicité pour échapper à
cette époque troublée de haine et de violence. Tel un phare, le monastère
dispensait sa lumière divine et l’écho de ses cloches qui résonnaient
dans le lointain réchauffait les Ãmes égarées. Quand,
avec l’aide du Sauveur, les rois Assénides8
repoussèrent le joug de l’oppresseur étranger, la grÃce divine éclaira
ce coin paradisiaque.
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Des
jours, des mois, des années passèrent. Le paisible cloÌtre était
bercé d’une douce quiétude. Les moines y vivaient en paix,
glorifiant le nom de Dieu. La renommée de cette demeure divine gagnait
en importance. Mais,
envieux de ces actes bienfaisants, de la bonté et de la félicité
ambiante, l’Antéchrist envoya une énorme armée musulmane pour
mettre à
l’épreuve la soumission et la tolérance des chrétiens. Les Turcs se
dispersèrent comme une nuée de corbeaux noirs sur le pays. La flamme
divine s’éteignit. Les gens périssaient, tout ce qui avait été créé
au long des siècles passés fut détruit par le feu. De tous le pays,
des moines et des croyants accouraient, victimes des violences
destructrices et racontaient d’effroyables histoires. Ceux qui
arrivaient, apportaient des objets de grande valeur - livres enluminés
d’or, icônes
merveilleuses, objets précieux de culte. C’est donc ici que furent
cachés les trésors de douze monastères ruinés par les Turcs. Les
gens allaient et venaient, mais ce qui avait été créé devait y
rester. Les moines décidèrent alors de mettre tout ces trésors sous
la protection de leur trésorerie secrète. Elle existait depuis des siècles,
mais seuls les initiés en connaissaient la voie. Une nuit, quand tout
fut endormi, le supérieur, aidé de quelques moines, y transporta tous
les objets. Peu après, la vague des envahisseurs submergea ce coin
paisible. Les voix des ces choeurs rupestres se turent lors de la dernière
liturgie dans un bain de feu. Les regards macabres des oppresseurs reflétaient
la couleur du sang. Leur férocité ne connaissait pas de limites. Le
dernier supérieur disparut dans les sombres labyrinthes souterrains
sans laisser de traces et avec lui, les richesses amassées.
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Les
années passèrent Abandonné
de tous, le monastère reposa des années dans l’oubli et la poussière.
Des broussailles et des roses sauvages effacèrent les sentiers tracés
par les pas de l’homme. Les images, les icônes
et les fresques disparaissaient peu à
peu. Le vent et les tempêtes
balayaient les vestiges du passé glorieux. Seules subsistèrent,
miraculeusement, les images de Jésus-Christ et de sa mère, la Vierge
Marie, qui contemplaient silencieusement les ruines. Le nom chrétien du
monastère disparut lui aussi dans le néant. Seul le nom turc
“Aladja”- Le bigarré - nous a été transmis de ces sombres années
d’esclavages. Les
légendes des trésors cachés et des spectres errants des moines qui
hantaient les ruines se multipliaient. Un moine, attiré par ces contes
fantastiques, tenta d’en déchiffrer le secret. Il découvrit l’entrée
de la trésorerie secrète et une nuit pénétra dans les roches
profondes. Au matin du jour suivant, des moines le découvrirent par
hasard gisant à
demi-mort. La barbe du malheureux chercheur d’aventures avait bouché
ses narines mais ses poches étaient pleines de joyaux. Le récit
qu’il fit de son expédition fut difficilement compréhensible. Les
moines apprirent cependant l’existence de couloirs souterrains
interminables, de précipices et de pièges soigneusement dissimulés
qui guettaient à
chaque instant le non-initié. Au fond de ce labyrinthe le jeune moine découvrit
une vaste grotte qui lui offrit un merveilleux spectacle. Partout, des
livres, des croix d’or et d’argent, des icônes,
des objets de culte, d’énormes statues en or de dieux païens
inconnus, des bijoux et d’autres joyaux s’étalaient à
sa vue. Tout cela semblait briller d’une macabre lueur. Dans le coin
le plus reculé de la grotte, un vieillard majestueux, éclairé par la
flamme des bougies allumées, somnolait sur un trône
de pierre. Tout à
coup il se réveilla et s’adressa d’une voix dure à
celui qui troublait de sa présence ce monde sépulcral: “Qui es-tu,
homme sans foi, pour oser déranger la quiétude de ce lieu sacré ?”.
A ce moment, tout commenÇa à
trembler. La terre se mit à
gronder, les voutes de la grotte s’effondrèrent. Tout tournait autour
du moine et il perdit conscience. Et quand il revint à
lui, c’était ici, avec les visages étonnés des moines penchés sur
lui et qu’il ne connaissait pas. Il ne savait pas quel chemin il avait
emprunté pour le retour, ni comment ces joyaux s’étaient retrouvés
dans ses poches. Les moines n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs
oreilles. Alors il les mena devant l’entrée secrète mais elle avait
disparu. Peu
après le moine offrit ses trésors au monastère et depuis personne
n’a plus jamais entendu parlé de lui. Son récit des trésors cachés,
des horreurs qu’il avait vécues dans ce labyrinthe souterrain fut
enrichi de nouveaux détails qui poussaient les gens à
approcher avec appréhension ce lieu macabre.
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A
l’époque du joug ottoman, les bandits de l’effroyable Kourdoolou
ravageaient les terres du pays. Personne n’osait s’aventurer
près des ruines du vieux monastère à
la tombée de la nuit car des bruits couraient, prétendant que, celui
qui y restait n’en revenait plus. Les légendes des trésors cachés
se répandaient. On racontait que la nuit, sous les branches des vieux
arbres et au pied des rochers apparaissaient des feux follets. C’est
la raison pour laquelle les gens appeurés faisaient un long détour
pour éviter ces sordides blocs de pierre. A
cette époque, nullement effrayé par ces racontars, un ermite habitait
les cellules abandonnées. Durant le jour, il descendait dans les
villages chercher sa maigre pitance, mais le soir, à
la tombée de la nuit, il s’endormait au coeur des ruines, bercé par
leur murmure mystérieux et par le chuchotement de la forêt.
Une nuit l’ermite fut réveillé par un étrange bruit. Il entendit la
chouette hululer trois fois. Un son de cloches retentit dans l’air
puis des chants monacaux s’élevèrent tandis que des lumières
extraordinaires se mirent à
danser sur les ruines. Soudain la silhouette d’un vieux moine surgit
des profondeurs de l’obscurité. Ses yeux semblaient brÖler d’un
feu ardent, sa longue barbe blanche balayait le sol. Il s’assit sur le
lit de pierre du moine transi de peur, et d’une voix douce, commenÇa à
raconter l’histoire passée du monastère. Quand les premiers coqs des
villages voisins entonnèrent leur chant de salut au jour nouveau, le
moine disparut. Il revint chaque nuit pour continuer son récit. Une
nuit, le vieux moine apprit à
l’ermite l’existence, non loin des ruines, d’un ancien souterrain,
datant de l’époque païenne,
abritant un fabuleux trésor. A ce moment du récit, les coqs firent
entendre leurs voix et le moine disparut. L’ermite l’attendit la
nuit suivante mais le mystérieux visiteur nocturne ne revint plus. Alors,
il décida de partir seul à
la recherche du trésor. Longtemps, il parcourut les alentours et jamais
personne ne sut s’il avait découvert la trésorerie secrète. Il
racontait aux paysans des villages de la région qu’il avait trouvé
un vieux souterrain qui comptait quelques quarante-neuf grottes. Au fond
de la dernière d’entre elles il découvrit une lourde et massive
porte de fer cadenassée. Quand il essaya de forcer la serrure et
d’ouvrir la porte, une voix se mit à
retentir, une voix si terrible qu’il prit peur et s’enfuit. Les
villageois ne crurent pas ses récits mais celui-ci parvint aux oreilles
du Pacha de Varna. Aussitôt
il arriva avec son armée et captura l’ermite, le forÇant à
dévoiler les chemins du trésor. Mais, quand ils arrivèrent à
l’endroit indiqué, ils ne trouvèrent rien. Ils l’accusèrent alors
de comploter avec l’ennemi, de trahir le Pacha et le jetèrent en
prison. Des
années après la libération de la Bulgarie du joug ottoman l’ermite
réapparut sur les terres. Un jour, suivant l’ermite, quelques paysans
du village voisin se sont enfouis dans les profondeurs de la forêt.
Ils en revinrent porteurs de trois sacs pleins de pièces d’or...
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Aujourd’hui,
personne ne sait où
se trouve l’entrée de la trésorerie secrète, des braconniers
l’ont cherchées en vain. La forêt
séculaire et les rochers gardent jalousement leur secret. Ceux,
courageux, qui osent s’aventurer les nuits sans lune dans les ruines,
rapportent, que d’étranges lumières apparaissent et que résonnent
de sous la terre des sons de cloche. Maintenant,
tout est calme. Seul le vent souffle et raconte dans son langage inconnu
le passé du monastère sacré. Au lever et au coucher du soleil, à
l’heure de la prière, on peut entendre le chant inachevé des moines.
C’est la liturgie divine qui commence. Une voix murmure doucement une
prière qui se mêle
aux multiples voix des habitants de la forêt.
Au printemps, quand les matinées sont encore noyées d’un brouillard
blanc, la silhouette mystérieuse du moine solitaire apparaÌt sur les
rochers. La population l’a surnommé “Rim Papa”. Chaque printemps
il sort et se promène dans la forêt
et au milieu des ruines. Quand il rencontre, au hasard de ses pas, un être
humain, il lui demande : “Y-a-t-il encore à
Hatchoukata9
des batons pour mener les chevaux ? Les vaches accouchent-elles et les
femmes accouchent-elles encore?”. Quand on lui répond “Oui, cela
existe encore”, Rim Papa, laisse entendre alors “Il y a encore du
temps”. Puis il ferme les yeux et disparaÌt pour retourner à
l’époque de l’existence du monastère dans la forêt.
Et quand la réponse ne sera plus “oui”, alors, quelque chose
d’extraordinaire se passera, mais nul ne sait quoi. L’Eternel
ne vient plus, mais chaque nuit je suis de nouveau seul dans les ruines.
Je le cherche mais ne le trouve nulle part. Hier soir encore, minuit
passé, sous un ciel sombre, la lune cachée par des nuages
veille, là,
tout près. La chouette fait entendre son rire sinistre, les ombres des
morts errent aux alentours mais le vent les emporte pour les disperser
sur les broussailles et les rochers. J’entends le chant du moine.
murmure de prière. gémissements atténués. Il n’y a personne autour
de moi. Le vieux cloÌtre est mort. Seulement l’Eternel, quelque part
en bas dans les labyrinthes lugubres de la galerie souterraine. Je le
vois, agenouillé sur le sol de pierre, dans le chaos des objets dispersés,
vestiges de la vanité humaine et du temps passé. Il lève son regard
vers les cieux, vers un univers lointain où
seulement Dieu l’attend avec toutes ses armées. J’entends ses
paroles à
travers les rochers profonds : “Maintenant, tu tiens le fil, il ne dépend
que de toi d’arriver au bout de la pelote”. Pendant les nuits, je ne
dors pas, je réfléchis. Le temps est-il venu que l’Eternel ouvre les
portes de ses trésors cachés? Je ne sais pas. Je pense que les gens
sont encore sourds et aveugles. Ils écoutent des prophètes menteurs.
Ils regardent avec les yeux et non pas avec le coeur. Ils ne voient pas
la beauté, mais le métal simple qui brÖle leur Ãme de son lourd éclair.
Que la porte sombre des pièges reste encore ouverte. Toi, lugubre
penseur, tu dois attendre encore. Les gens doivent construire tout seuls
le pont qui traversera les abÌmes et qui les amènera aux Sources éternelles! Et
lorsque l’Ãme humaine plongera en elles, elle en sera purifiée et régénérée,
elle verra alors la lumière divine et entendra la musique qui ruisselle
du coeur de l’Eternité.
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